Récits d’aventures



Graaalps 800 juillet 2026.


Ici je vous raconte ma dernière expérience en gravel à travers les Alpes en juillet dernier depuis Mandelieu jusqu’à Crans-Montana, la Graaalps de Race Across Series :
Départ à midi sous une chaleur étouffante, je m’élance à la conquête des Alpes avec 800 km et 20 000 m de dénivelé positif, le tout à boucler en moins de 120 h.
Les premières montées sont très raides et la chaleur freine ma vitesse et ma digestion, mais pas ma soif car cette sensation est omniprésente même en s’hydratant sans arrêt. Mes pauses sont très fréquentes car on progresse dans des chemins très caillouteux et raides, parfois on descend du vélo pour pousser. 
J’arrive enfin à un village où une supérette est ouverte, nous sommes beaucoup de participants à nous y arrêter et j’y achète des glaçons, de l’eau fraîche et du coca. 
Le coca passe tellement bien, c’est incroyable, je mets le maximum de glaçons dans mon sac d’hydratation puis dans ma gourde de secours et le reste dans une pochette en plastique qui finit entre mon thorax et mon maillot.
La sensation de fraîcheur est immédiate, je continue et l’eau fraîche des glaçons qui fondent coule sur moi pendant plusieurs heures, c’est une super clim. 
Les montées s’enchaînent et plus on avance, plus la température se fait supportable, et c’est parfait pour la motivation car le départ fut horrible et je me demandais parfois si j’allais vraiment tenir. 
Après de superbes parties de chemins très agréablement praticables en gravel, j’arrive à un autre village où je pensais me ravitailler, mais il est 19 H passé et tout est fermé à part une fontaine, bien sûr, et j’y croise trois participants qui me disent que les premiers participants ont dévalisé le distributeur de pizza. Cela m’importe peu car ça ne m'a jamais donné trop envie. 
Je me ravitaille en eau et je discute du parcours à venir avec les trois gars et ce qui nous attend, c’est le col de la Couiole. 
La nuit commence à tomber et c’est le début de l’ascension, je croise un participant belge qui a dormi dans le même hôtel que moi la veille du départ et il est en galère nutritionnelle, impossible de s’alimenter donc plus de jus et donc aussi plus de trop de mental. 
Je discute avec lui pour voir si c’est pas trop grave et voir si je peux lui remonter un peu le moral et ça va, il va s’en sortir, c’est sûr, c’est un symptôme très courant dans les courses d’ultracyclisme et encore plus avec la chaleur. Son allure n’est évidemment pas la mienne, alors je le distance. 
La fatigue se fait ressentir un peu, cela tombe bien, je passe dans un tout petit village où un petit parc avec des tables de pique-nique feront un lit parfait pour 20 mn de sieste, je repars après cette séance de calme pour le plus dur de la montée vers ce col. 
Le bitume s’arrête, je pose mon vélo pour uriner, regarde le ciel, et là, incroyable, aucune pollution lumineuse, les étoiles sont très nombreuses et je peux aussi distinguer facilement la Voie lactée, c’est tout simplement magnifique. 
Après une bonne dizaine de kilomètres dans des pistes abîmées, j’atteins le col de la Couiole vers minuit, une petite photo, un ravitaillement en eau, un peu de nourriture et c’est parti pour 30 km de descente avec des hauts et des bas en variation de température. Arrivé en bas, il me reste environ 30/40 km pour arriver à mon objectif de la journée : le village d’Isola. 
Après le passage d’un magnifique chevreuil devant moi, bingo, c’est Isola, j’y retrouve l’endroit que j’avais repéré via Street View, un préau avec des sanitaires à côté, je mange, je mets mes affaires à sécher, je fais ma toilette de chat, j’installe mon matelas et mon bivy par terre puis je m'y installe, c’est 3 H du matin. 
Après une nuit de 3 H fractionnée de multiples réveils avec le cerveau qui était encore en train de pédaler et de remettre la playlist, je reprends le vélo pour vite retrouver le prochain village et faire en sorte de remplir mon estomac de nourriture et de café. 
J’arrive à Saint-Étienne-de-Tinée et la boulangerie est ouverte. J'achète un flan et un sandwich pour plus tard, je mange le flan sur un banc à côté d’une participante que j’avais doublée hier soir avant d’arriver à Isola. « C'est ta première course ? » me demande-t-elle. Je lui réponds « No » sans détailler mon passé et je lui retourne la question et elle me répond « Yes, I do, just a challenge: Everest Challenge ». Elle m’explique que le but du challenge est de faire le dénivelé de l’Everest en une seule sortie et sur une seule pente ou col, impressionnant comme défi. 
Il est temps de repartir pour affronter le fameux col de la Bonnette (plus haut col d’Europe). Après un café express dans un petit troquet avec des centaines de bouteilles empilées derrière le bar, j’attaque la première montée qui se fait dans un chemin plutôt caillouteux et Leoni est juste devant moi toute la première montée et je la double dans la descente par la suite. 
Je mange la moitié de mon sandwich face à la montagne couronnée de rochers et c’est grandiose. 
La montée jusqu’à la bonnette est longue, elle fait presque 10 km en bitume jusqu’au col de la Moutiére et ensuite 4 km de chemin pour arriver à la route de la cime. 
Je trouve un endroit génial pour m’arrêter manger un autre morceau de mon sandwich, il est au bord de la rivière et l’herbe est très verte et fraiche, et au loin j’aperçois des chasseurs de papillons, mais ils ont l’air d’être plus des scientifiques que des chasseurs basiques. 
Je reprends ma route et la Léonie me rattrape et me dit « I need a brake » et je lui réponds « It's a good spot, the grass is so fresh. » Elle me répond : « Oh perfect, I sleep here few minutes. »
J’entame la montée et un vieux monsieur le rattrape en VTT électrique. Il lui raconte qu’il vient observer les marmottes avec ses jumelles et moi je lui raconte ce que je fais. 
Il me dit que plus loin on va entendre les marmottes siffler et qu’il est possible d’en voir, je lui dis : « Génial, j’ai trop envie d’en voir une car j’en ai jamais vu auparavant dans ma vie. 
Alors c’est reparti et avec une nouvelle motivation en tête : voir des marmottes. 
Je le rejoins plus loin et il me montre un arbre et il me dit qu’il est millénaire et qu’il a connu l’ère glaciaire. Je ne savais pas que des arbres aussi vieux pouvaient exister, un sapin, mais avec le tronc était vraiment pas comme les autres, on voyait qu’il avait vécu en effet. 
J’aperçois ma première marmotte mais elle est vraiment loin. Heureusement qu'elle siffle fort, sinon je ne l’aurais jamais aperçue dans tous ces cailloux et ces herbes car les arbres commencent à se faire rares avec l’altitude. 
Ah un blocos qui date de la guerre, c’est le col de la Moutière et la fin du bitume, et là le monsieur en VTT électrique est arrêté. Je m’arrête une nouvelle fois à côté de lui pour discuter le temps de finir mon dernier bout de sandwich. On échange quelques mots sur le thème du vélo et je repars vers la piste et lui rebrousse chemin. 
Sur cette dernière portion de montée pour la bonnette, là c’est le festival de marmottes, elles traversent devant moi ou se cachent au dernier moment en le voyant, c’est trop bien, j’en ai vu plein, je suis heureux. 
Le paysage est magnifique. Il n’y a plus d’arbres et la vue est lointaine, c’est vraiment très beau cet endroit. 
J’arrive sur une route, enfin me voilà au point le plus haut (2700 mètres d’altitude). 
Je descends à toute vitesse car la descente est belle, il y a beaucoup de circulation et de cyclistes, la montée est mythique, cela ne m’étonne pas avec cette météo. 
C’est le moment de tourner dans un chemin et je n’en avais pas trop envie après cette partie de bitume lisse comme un billard, alors je me dis : allez, musique pour la motiv, et je mets mes écouteurs à conduction osseuse que j’avais calés à charger sur mon cockpit entre mon GPS et mes prolongateurs. Mais problème, le son ne fonctionne plus très bien et il est même pourri, et là je réalise qu’ils touchaient ma lampe et qu’avec les vibrations ils ont pris des milliers de microchocs qui ont surement brisé les membranes à l’intérieur. Bon, je m’engage dans le chemin et me fais à l’idée que je ne pourrai plus écouter de musique pendant encore minimum 500 km. 
Ce chemin traverse la forêt communale de Jausiers, c’est raide mais c’est très beau, la descente est très dure physiquement, il faut bien être sur ses gardes pour trouver la bonne trajectoire et ne pas commettre une erreur qui pourrait être fatale, les mains s'engourdissent, le cou me fait mal, les jambes chauffent et mes dessous de pieds brûlent, punaise, c’est dur. 
Je tombe sur un petit ruissellement provenant d’une source qui fera une super clim pour mes pieds, bingo, l’eau est glacée, j’ai même du mal à y laisser mes pieds, mais le bienfait est immédiat.
J’arrive à Jausiers et m’arrête à un petit restaurant bien sympa où j’y mange une omelette salade bien requinquante. Trois participants s'y arrêtent aussi, un Français et deux Allemands, et ils mangent avec moi. Un Allemand a son cuissard déchiré sur les deux jambes, je lui dis : « You meet a tiger in the forest? » On rigole tous. 
Je reprends le trajet en tête de faire une sieste un peu plus loin à côté d’une fontaine sur un banc à l’ombre. Un participant assis, je vais le voir et lui demande si tout est ok. Il me répond : « Pour moi ça s’arrête là. » Je lui dis : « Ah bon, tu abandonnes, mais pourquoi ? » Il me répond : « Non, non, j’abandonne pas, j’ai pris une chambre d’hôtel et j’attends l’ouverture. »
Moi : « Ah ok d’accord, mais avoue que ta réponse faisait penser à un DNF, non?! » »(DNF = Do Not Finish) il me dit : « Oui, c’est vrai, tu as raison. » Je lui souhaite bonne continuation et remplis mes réserves d’eau avant de repartir. 
Je trouve un endroit pour dormir un peu à l’écart de la route, je m'y installe comme je peux après m’être débarbouillé et rafraîchi dans la rivière, mais impossible de trouver le sommeil car il fait chaud dans la vallée et je ne dois pas être assez fatigué. Je pensais que la digestion du repas allait favoriser le repos, mais non, rien à y faire. Alors je me remets en route et finalement au bon moment, car un camping-car vient se garer à 5 m alors que j’étais seul. Parfait, c’est le bon moment pour bouger, je ne regrette pas ma décision. 
De retour sur les rails du parcours et sur cette départementale avec beaucoup de circulation, je me mets dans mes prolongateurs et pédale vite pour en finir avec cette route bondée de camions et au loin un participant avec un maillot rouge et noir, c’est lui ? C’est lui ou pas ?! J’accélère et le mets à sa hauteur. Et oui, c’est bien lui, c’est Renaud, le collègue avec qui j’ai pris le train pour venir à Mandelieu et avec qui on a partagé la chambre d’hôtel. On avait parlé tous les trois avec le Belge qui était en fringale hier au petit-déjeuner juste avant le départ. 
On échange un peu avec Renaud pendant un arrêt trempage de pieds dans l’eau d’une fontaine et il était pas non plus dans son assiette, il avait plus de jus et avait du mal à avancer. Il m'a dit qu’il avait dormi dans un cimetière entre deux tombes, j’ai trouvé ça osé mais quelque part pas si bête pour être au calme. Ce cimetière, je l’ai visité d’ailleurs pour trouver de l’eau après ma sieste tardive d’hier et il n’y avait pas d’eau et je n’ai même pas vu Renaud y dormir, pourtant il y était. 
On prend la route ensemble et on s’attaque au col de Vars par la route car un passage n’est pas praticable à cause d’un éboulement dans un chemin. On a été averti grâce à l’application que l’organisation a créée et tant mieux car pas trop la motivation de faire demi-tour dans un chemin de forêt en pleine montée. Le col est de 10 km et c’est dur en pleine après-midi. Arrivés en haut, on voit le temps se gâter en face et on file vite à Vars. On y trouve un bar en bas d’un immeuble de vacances quasi bondé, on s’installe à côté des deux Allemands rencontrés plus tôt et on déguste un saucisson en regardant la pluie tomber. Le timing est parfait. 
Les deux Allemands s’endorment dans les fauteuils qui sont, j’avoue, très confortables. J'essaye de faire pareil, mais derrière moi un mec joue de la guitare en même temps que la musique du bar, sauf qu'il ne s’aligne pas du tout et joue du Gilbert Montagné avec comme musique de fond un mix de L’entourloupe. C'est tout juste horrible pour mes oreilles et je ne ferme pas l’œil. Bien évidemment, mon passé de DJ fait que je ne peux faire abstraction à cette cacophonie de très mauvais goût. La pluie s’arrête, allez, on repart avec Renaud, ouf, délivrance. 
Les deux Allemands sont à nos côtés et montent ce chemin qui mène aux pistes de ski. La pente est raide, on pousse souvent car c’est moins difficile que de rester debout sur le vélo et on va tout aussi vite. L’ascension est longue, elle nous mène tout en haut des pistes de ski au niveau de la liaison Vars/Risoul. Un des deux Allemands est avec son cuissard déchiré, je me demande bien comment il a pu faire ça sur les deux jambes, c’est bizarre car il n’a aucune égratignure. J'oublie vite cette énigme car c’est vraiment dur, on pousse souvent le vélo et plus on monte, plus le froid s’installe. Je mets ma doudoune car je me gèle avec ma transpiration, je continue un peu plus confortablement et 100 m devant moi, des bourrasques de vent forment des mini-tornades de poussière à côté de Renaud en train . Le moment est dingue, l’image est surprenante, je veux trop sortir mon téléphone pour prendre une photo mais je me dis que le temps d’accomplir le geste, la mini-tornade sera finie, et c’est le cas. 
On arrive enfin en haut, les Allemands descendent à toute vitesse et nous aussi. Ah, j’oubliais, on s’était dit avec Renaud que si on arrivait à atteindre la base de vie ensemble ce soir, ce serait vraiment pas mal car là-bas nos affaires nous attendent avec de la nourriture et un lit, enfin un lit de camp. 
La descente est finalement très dure. Les vibrations me tétanisent le cou et les mains. Finalement on s’arrêtera plus souvent pour reposer notre corps dans la descente que la montée et en général c’est plutôt l’inverse, non ?! 
On arrive à Risoul et là le bitume, mais pas pour longtemps car encore un chemin bien caillouteux nous attend et on subit le même sort que dans le précédent. 
Arrivés en bas pour de bon, on trouve un petit resto style fast-food burger. On y mange des gros nuggets de poulet frit. En arrivant, tout le monde nous regarde assez bizarrement. Des gendarmes attendent leurs commandes et un cycliste aussi. Il a d’ailleurs englouti 2 gros menus avec hamburger comme un gros cochon, mais lui il avait meilleure mine que nous. 
Renaud discute avec les gendarmes et me fait rire car il leur dit d’une certaine manière que ça doit être plutôt relax de bosser dans le coin, il est drôle ce Renaud. 
En mangeant, on voit Léonie passer au loin. 
Allez, on repart de nuit dans la vallée de la Durance pour encore 50 km et au moins 1000 m de D+ quasiment à bout de force, mais on est deux et c’est bien plus encourageant que seul, alors la motivation est plus présente malgré la fatigue. 
On pédale bien, on avance plutôt bien même, et dans une petite descente, au loin, un gros tourniquet arrose un champ et aussi la route. Alors je fonce et je lui dis que ça va passer, et puis pas du tout, c’est la douche, mais ça va, je suis pas trempé, mais ma doudoune oui, j’ai dû la ranger deux minutes après dans la sacoche car j’avais chaud, elle n’a pas trop aimé l’humidité enfermée. 
On arrive bientôt à l’Argentière et là, bizarre, au bord de la route, de l’autre côté, un mec en vélo nous dit : « Regardez en haut, y’a un feu, j’ai appelé les pompiers. » Et en effet, en haut de la falaise, une boule de feu est visible, on aurait dit un feu de camp qui a mal tourné. C’est un feu qui a dégénéré et brûlé sur plusieurs jours car il était très difficile d’accès pour les pompiers. Tout le monde a vu passer cette information, beaucoup d’hectares ont cramé. 
La nuit est humide et l’arrivée à Briançon est longue, mais voilà enfin les lueurs de la ville devant nous. Notre objectif de la journée est rempli, sauf que dans la ville de nuit, le panneau de la base de vie nous passe sous le nez. On continue bêtement et on attaque la montée d’un col et là on se dit : y'a un problème. On fait demi-tour, on retourne sur nos pas et on finit par la trouver, mais difficilement car le panneau est noir et la nuit aussi, et surtout que l’on est vraiment fatigué, ce qui ne nous a pas aidés à être vigilants. On pose les vélos devant, bingo, on y est, il est 2 h du matin. On vient de parcourir depuis le départ de la course 350 km et 9000 D+ en 38 H. 
Chargement des appareils, douche, repas et quelques blablatages plus tard, c’est l’heure de dormir. Avec Renaud, on se dit réveil à 7 h pour décoller à 8 h. Je m’installe dans le lit pas loin de lui et de tous les autres participants présents dans la salle de sommeil, je mets mes bouchons d’oreille puis je ferme les yeux. Tout ce que déteste le plus la nuit arriva : des ronflements et des ronflements que mes bouchons ne filtrent pas bien sûr, même avec un oreiller en plus sur ma tête. Alors la décision est vite prise, je ne dormirai pas là. Je vais sur mon vélo chercher mon matelas gonflable et prends l’oreiller et la couverture gonflable avec moi, je descends d’un étage par l’escalier et sur la terrasse. 3 autres personnes dorment mais les meilleurs spots sont pris et pas moyen de me faire réveiller, alors je me souviens qu'en bas près des douches il y a un sauna. Je redescends encore d’un étage, pieds nus sur les grilles si agréables à marcher vers mon spot secret, je m’y installe et dors seul tranquille. Juste une personne est venue prendre une douche, donc ça va, je dors plutôt bien. 
15 mn avant le réveil, j’entends les claquements des cales de chaussures de vélo qui me réveillent, puis je vois Renaud déjà habillé traverser la porte vitrée du son qui me cherche. Je sors vite et je lui dis : « Je suis là, mec, j’arrivais pas à dormir en haut. »
Il me dit : « Punaise, tout le monde s’est levé à 6 H et ça m’a réveillé. Du coup j’ai vu que tu n’étais pas là, alors je me suis vite habillé et puis j’ai vu ton casque, alors il est pas bien loin le Yann. »
Moi : « Oui, désolé, j’aurais dû t’écrire un message pour te prévenir. »
J’émerge un peu avec un petit-déjeuner puis me prépare, mais un peu stressé car Renaud m’attend, lui est déjà prêt à partir. 
Je débranche tous les appareils, prends la nourriture, maillot et cuissard propres dans le drop bag apporté par l’organisation, mets tout ça dans mon vélo et go. 
Départ à 8 H comme prévu, on attaque l’ascension du col de Montgenèvre par les pistes, très belles d’ailleurs mais pas pour longtemps. Certaines portions du chemin ont été rasées par des torrents, il faut descendre du vélo pour les passer. Quelques lacets plus tard, on aperçoit de la civilisation à travers les arbres, on passe sous un télésiège et ça y est, le col est là. On trouve une supérette, on se ravitaille et passe la frontière avec l’Italie, la moitié de la course est faite. 
Je pensais que la descente dans la vallée serait directe et bien pas du tout, on se prend une côte qui est au moins à 18 % et nous amène en haut d’un tire-fesses pour ensuite tomber sur une piste qui mène à un petit col. C’est assez raide aussi, je manque de tomber en évitant un caillou, je me déclipse juste à temps de mes pédales pour poser mes pieds par terre. 
La descente est vraiment fatigante, aussi les chemins de montagne, c’est pas du gravel champagne comme le dit si bien Arnaud Manzanini, l’organisateur de la course. 
Arrivé à la route, mes cervicales ne me remercient pas et les mains de Renaud sont apparemment très démangeantes. 
On file sur le goudron jusque dans la vallée italienne et on attaque l’autre ascension aussitôt après avoir rempli les réserves d’eau dans une fontaine. 
La chaleur est montée depuis 8 H du matin, on monte sur le bitume et au loin Renaud ne tourne pas. Je crie, je crie encore, il n’entend pas, alors j’arrête de pédaler et siffle fort avec mes doigts. Je lui fais signe qu’il fallait tourner et fais demi-tour. Après une jolie petite piste forestière, on trouve une fontaine sympathique et Renaud me dit : « Bon, ça y est, je vais mettre mon pansement anti-escarre. » Une technique qu’il a quand son cul va mal, il le colle et finit les douleurs apparemment. Je lui dis en rigolant : « Je vais te laisser tranquille alors, hahahaha. » Moi j’utilise de la Bepanthene et depuis le début cela marche plutôt bien pour les irritations et les douleurs aux ischions. On croise un peu plus loin le photographe de la course, on discute un peu, il nous shoote et me dit : « Bouge pas, il y a un insecte sur ton bras. » Il prend une belle photo, le moment est sympa. 
Le bitume revient, mais derrière nous le temps se gâte, le ciel se noircit et le vent vient vers nous. On arrive au sommet au bon moment, quelques gouttes tombent, on s’installe dans une pizzeria de Sestrières et là c’est le déluge, ça dure 45 mn, pile le temps de manger, encore un timing parfait avec la météo. 
Repartis sur une route mouillée, on s’élance en direction des fameuses routes militaires des Strada del Assieta. Mon GPS me dit de tourner, je tourne et coupe un peu le virage car il n’y a personne en face, et je roule où toute l’eau de la route a raviné et le bruit que l’on redoute tous à vélo arrive, le bruit de la crevaison, mon pneu arrière est complètement à plat, On s’arrête pour 
Réparer et là le Belge arrive et s’arrête à côté de nous et il va beaucoup mieux, nous dit-il, il pète le feu même, je suis content pour lui. On met une fameuse mèche d'inaplug de Renaud, mais ça ne tient pas, alors je mets une bonne grosse mèche basique, je regonfle et c’est reparti. La piste est vraiment belle mais parce qu'elle est praticable en véhicule, il y a donc beaucoup de motos et de 4x4. Un couple de motards boit un café au bord du chemin et me dit qu’ils ont essuyé l’orage. Je dis « Yes, the rain was hard » en continuant à rouler et je me retourne une dernière fois et la nana me montre sa cafetière : « Café ? » Sans hésitation, je réponds oui, c’est très rare de se faire payer un café au bord d’un chemin. L'occasion est belle car le coin est beau et puis c’est pas grave pour Renaud, je le rattraperai ou il m’attendra sûrement. 
Après ce petit café à la cafetière italienne, je reprends à pédaler sur la piste et 500 mètres plus loin la mèche qui bouche le trou de mon pneu arrière lâche « pshiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » et là les choses vont être plus compliquées, je le sais car si la mèche lâche, c’est que le trou est trop gros et en effet l’entaille fait presque 1 cm, comme un petit coup de cutter. Je téléphone à Renaud et lui explique la situation. Je lui dis : « Je vais mettre un patch à l’intérieur du pneu et le replacer en tubeless avec ma cartouche de CO2. » Il me dit : « Mais non, mets ta chambre à air, tu t’en fiches d’être en tubeless. » Je l’écoute et monte ma chambre à air, la regonfle, tout va bien, c’est réparé, mais en remettant ma roue, je force un peu trop de travers pour placer l’axe et là le dérailleur tombe. La patte de dérailleur ne tient plus, seule la vis qui la maintient sur le cadre ne visse plus, le pas de vis est cassé dans le cadre, et là dans ma tête le DNF va s’abattre sur moi. Je rappelle Renaud pour lui expliquer le problème et en discutant avec lui je me rends compte que si j’arrive à replacer l’axe en maintenant la roue et le dérailleur en place une fois serré, tout devrait tenir et je devrais pouvoir repartir. Je pose le téléphone et effectue cette opération dans une concentration et une zénitude totales, en pente et dans l’herbe à côté d’une borne en granit gravée qui me servait à poser mes outils. 
Opération réussie, c’est reparti, youpi ! 
Renaud ne m'a pas attendu et il a bien fait car il n’est pas obligé parce que nous ne sommes pas un duo officiel dans la course, mais ça aurait pu car on a su bien rouler et gérer nos arrêts ensemble. 
J’arrive en haut au col Basset et passe au moins 4 H ensemble tout dans les pistes militaires du col de l'Assieta car elles passent d’un flanc de falaise à l’autre plusieurs fois en plusieurs descentes et plusieurs montées, c’est long et dur à la force des jambes à 2500 mètres d’altitude. 
Des véhicules passent assez souvent, des 4x4 d’étranger se suivent par dizaines et surtout des motos, dont une qui décide de me doubler alors que j’avais l’intention de changer de côté de piste à cause des trous et des cailloux. Je mets le bras pour le faire ralentir car je ne suis pas sûr de ma trajectoire dans cette partie cabossée, il n’aime pas trop ça et double quand même. Plus loin il est arrêté avec ses collègues et me regarde de travers un peu méchamment lorsque je les double, ils me redoublent et plus loin rebelote, il me regarde encore lors de leurs secondes pauses. Bref je m’en fiche et je trace, je n’ai vraiment pas la force de m’expliquer avec une personne avec laquelle je ne parle pas la langue, ils ne se doutent même pas de comment je ressens les secousses avec mon vélo en pneu de 45 mm sans suspension… alors que pour lui c’est gravel champagne…
J’atteins la fin des pistes mais un dernier col m’attend avant la très grande descente, le col del Finestre, avec 3 km de montée pour 300 m de D+ en plein soleil. La montée est difficile mais la vue de l’autre côté est superbe, on a vu sur les lacets en gravier qui nous attendent. Je m’y élance en pensant que ça va être du caviar et bien pas du tout, les multiples voitures qui y sont passées ont créé des milliers de petites bosses comme de la tôle ondulée. Il est difficile de les repérer à l’ombre comme au soleil et c’est super désagréable de rouler dessus, la vibration est très forte et intense, il faut être vigilant et repérer les endroits roulants. Quand le bitume apparaît, c’est le bonheur et en plus la route forme des lacets très serrés, il en a beaucoup, on dirait que mon GPS a dessiné un serpent sur l’écran, c’est dingue à voir et incroyable à rouler. 
J’atteins la vallée, il est 19 h passées, la journée a été éprouvante, je regarde les hôtels et il y en a un à 5 mn de vélo en dehors du tracé, j’y fonce car après plus rien pendant un moment. 
Arrivé à l’hôtel, il y a une chambre dispo et je demande quand même à Renaud sa position au cas où il aurait trouvé de quoi dormir un peu plus loin car il est à 20 km devant moi au pied d’une montée dans un village. Il me dit qu’il est dans une pizzeria et qu'il n’y a pas grand-chose pour dormir et qu'il faut s’abriter ce soir car une grosse perturbation météo est annoncée de 12 h à 4 h du matin. Je lui envoie la photo de ma chambre avec les deux lits simples au cas où il est vraiment en galère. Le pizzaiolo lui prêtera sa cabane à l’arrière de son habitation et il me dira plus tard qu’il s’est fait réveiller en sursaut par un compresseur, impossible de se rendormir, il repart et essuie l’orage dans la montée. De mon côté je mets le réveil à 4 H pour partir juste après les dernières gouttes et cela s’est exactement passé comme prévu. Le temps de me préparer et je repars sur une route mouillée. 
L’obscurité encore présente Une petite route au bord d’un champ, je vois un scooter arrêté en face, phares allumés, et en m’approchant un bruit de grondement survient, une vingtaine de sangliers partent en courant. Je viens de leur faire peur et le monsieur en scooter, lui, les regardait tranquillement, moteur allumé. 
La montée est là et je la redoutais un peu car elle fait 20 km pour 1700 D+ et elle comprend 5 km de piste. J’ai mis 4 H pour la gravir, soit une moyenne de 4 km par heure. Ce fut long, je me suis souvent arrêté car les pentes étaient raides et le cumul de dénivelé commence à se faire ressentir. 
La descente est là devant moi et je suis au milieu des nuages, c’est impressionnant, mais plus bas, rebelote, des 4x4 par dizaines en file indienne. Une voiture aussi descendante a dû reculer sur une grosse distance pour trouver un endroit où le croisement est possible. Je me mets sur le côté aussi pour les laisser car ils sont trop nombreux, l’inverse n’est pas possible. En me retournant, je vois écrit sur le pare-brise de l’un d’eux : « When the road finish the trip begin », ce qui est vrai, je partage le même sentiment mais pas dans le même confort. 
La descente fut encore bien sportive, l’une des plus roulantes. Pour l’instant je me suis bien amusé sur celle-ci. 
La température remonte vivement une fois descendus 1500 m de dénivelé négatif. Je bifurque sur une route départementale et j’ai grave la pêche, alors je fonce à toute allure sur cette route sinueuse et propre à au moins 30 km/h de moyenne, puis tout à coup sur le côté, dans un bled, un marchand de vélo. Je m'y arrête pour acheter une chambre à air de secours car ma première est dans la roue arrière depuis 24 h. On cherche la bonne taille avec le vendeur italien, mais son petit chien m’aboie dessus sans arrêt, c’est insupportable, vivement que l’on en finisse. La bonne taille trouvée, je repars aussi vite qu’arrivé. Ce stressé de clebard m’a stressé aussi, mais le vendeur était sympathique. 
Il est midi et je trouve à manger dans un joli petit village avec un style un peu médiéval, je mange un peu plus loin au bord d’un stade un plat tout près et un fruit. 
Ça y est, mon genou gauche commence sérieusement à me titiller, cela faisait un moment que j’avais des petits signes, même bien avant la course, mais pas de douleurs comme celle-ci. Je commence à m’inquiéter et, comme par hasard, le coup de mou arrive et je le sentais venir car à chaque gros coup de patates derrière, il y a toujours un gros coup de mou. Digestion et genoux cumulés parfaits pour te baisser le moral. Après plusieurs km, je m’arrête pour trouver une pharmacie d’ouverte car il me faut un remède, c’est certain. Impossible d’en trouver une d’ouverte, elles sont fermées jusqu’à 16 h. Je décide de décaler la cale de ma chaussure pour rentrer mon genou vers l’intérieur et peut-être diminuer la douleur, mais cela n’y fait rien. J’arrive à une autre petite ville et j’en vois une ouverte sur Google Maps et je ne m’écarte du parcours que de 100 mètres pour m’y rendre, c’est parfait. Dans le supermarché, la pharmacie est fermée, génial. Allez, un médicament va peut-être me sauver, j’avale un demi-Kétoprofène (un antidouleur puissant que j’ai toujours avec moi avec des gélules à l’ananas pour dégonfler en cas de grosse chute). 
J’ingurgite le machin qui ne m’inspire pas trop et je continue. Le médicament fait effet mais pas vraiment comme je le voulais, il me rend un peu mou et m’alourdit la tête, mais il me fait rendre compte que ce n’est pas une vraie douleur, soit musculaire ou du tendon, c’est tout simplement le genou qui chauffe. Entre le médoc qui ne marche pas, la température qui est montée de 15 degrés et ma cadence de pédalage qui s’est multipliée par deux ou trois, tout s’explique. 
J’écris à Renaud pour l'informer de mon problème et il me conseille de mettre mon genou sous l’eau dans une fontaine. Je l’ai fait directement pendant 10 mn mais ça ne refroidit le genou que sur un court moment. 
Enfin une pharmacie ouverte et sur le parcours, on m’y conseille de l’arnica en gel sous un bandage et bingo le cataplasme fait très bien le boulot, l’effet est instantané car le gel émet une grosse fraîcheur et aucune douleur pendant 25km, soit 1 h. En ralentissant mon pédalage, j’évite aussi un peu plus la surchauffe. 
Je profite de chaque arrêt pour refaire mon bandage qui se désorganise assez vite avec les mouvements des jambes et y remettre du gel. 
Les fontaines sont nombreuses, on peut se rafraîchir souvent et la vallée d’Aoste est belle, les petits villages où nous passons sont très typiques. 
Arrivé à Aoste, il faut trouver de la nourriture car je ne sais pas encore où je vais dormir. Dans une zone d’activité, j’y trouve un seul magasin, un magasin bio. J’y trouve de bonnes choses et repars en traversant la grande route style périph, un peu comme un sauvage mais sans prendre de risques car c’est pas du tout adapté aux piétons et vélos ce coin-là. 
Après un repas au bord d'une fontaine, j’attaque la montée vers le col du Grand-Saint-Bernard et me dis que si un joli petit endroit à bivouac se présente, je m’y arrête. Finalement je tombe sur des chambres d’hôtes dans un très grand et beau chalet. Deux enfants sont devant et vont chercher leur maman pour m’accueillir. Il reste une chambre à l’entrée au rdc, c’est parfait, ma journée s’arrête là. 
La chambre est super, le lit est grand et douillet, la salle de bain est grande aussi. Le luxe à côté d’un bivouac improvisé. 
Décollage vers 5 h pour une grande ascension et ma dernière journée de vélo, il fait nuit, je suis dans une vallée. Par des petites routes et chemins et je me dirige vers Etroubles où se trouve le poste ravito de l’orga du Graaalps 500. Je croise un participant en sens inverse pour la première fois et c’est une participante du 500 km et elle est grave à la bourre, me dit-elle : « C'est vraiment dur, je suis en totale autonomie, je ne dors pas en dur et les pourcentages dans les dénivelés positifs sont vraiment forts, je ne serai jamais dans les temps. Mais j’ai ma balise GPS, comment vais-je la rendre ?! »
(Temps du 500 km : 80 H avec 13 000 D+)
Je lui dis : « Oui, c’est dur et ça monte beaucoup et on le savait en s’inscrivant (petit rire gentil). Puis pour la balise, tu la renvoies par la poste, t’inquiète, ils ont l’habitude. Prends ton temps et finis, c’est le principal. 
On s’est dit au revoir, enlevé nos mains de nos lampes frontales pour ne pas nous éblouir mutuellement, puis repris chacun notre route. 
J’ai appris à l’arrivée qu'elle avait abandonné. 
Arrivé à Etroubles, je cherche le ravito en tapant l’adresse sur mon téléphone, mais je ne trouve pas le spot. Pourtant la participante que je viens de croiser m’a dit qu’il y avait du monde, c’est bête, j’aurais bien bu 3 cafés. 
Au final, avec la fatigue, plus loin je me suis rendu compte que j’avais parcouru la moitié de la rue et le spot se trouvait de l’autre moitié de la rue, derrière la route. J'ai dû le louper de 20 mètres. 
Plus je monte, plus la température baisse, alors j’ai dû m’arrêter au moins 3 fois pour rajouter une veste, des jambières puis des gants et du mérinos. 
C’est long et dur et je n’ai pas le moral au top ce matin-là. Je pense beaucoup à mon fils et imagine le voir en rentrant, j’y pense même un peu trop et dans une petite rue de village à 7 H du matin, j’en pleure pendant 2/3 minutes sans descendre du vélo, appuyé contre un mur. 
C’était triste mais ça m’a fait du bien et je préfère pleurer pour ce genre de raison plutôt que pour toutes autres raisons liées à la course. 
Je finis vite trempé sous ma doudoune et je veux une seule chose, c’est que le soleil apparaisse pour pouvoir enlever des couches et sécher. 
Un rayon de soleil arrive, je m’arrête pour étendre mes affaires et faire un peu sécher cette pauvre doudoune Decath à 30€ qui n’aime pas du tout l’humidité. J’en profite 10 mn, le soleil me chauffe, mais je vois une petite auberge un peu plus haut et ne reste pas plus au soleil car je vais enfin avoir mon café. 
2 cafés quasi cul sec pris, je remonte, la vue est magnifique, le col du Grand-Saint-Bernard est vraiment beau, il n’y a pas d’arbres et c’est très vert, j’y aperçois quelques marmottes encore. Dans un virage à l’ombre de la neige en plein mois de juillet et je me dis qu’il faut être fou pour monter en vélo aussi haut et y voir de la neige en plein mois de juillet. 
J’oublie vite cette folie, le haut du col approche. En haut, je colle un sticker sur un poteau parmi les autres, ça mérite bien de laisser sa trace après tout cet effort. Je prends en photo mon vélo devant le panneau frontalier et le lac et ça y est, je suis en Suisse. Plus loin, un abruti met son padel avec ses copains sur le lac alors qu’il est formellement interdit de se baigner dans les lacs de hautes montagnes. Tout le monde le regarde, beaucoup de voitures sont garées au bord de la route. Moi je trace car j’ai très envie de me changer, je suis trempé, l’idée de descendre le col mouillé ne m’enchante pas du tout, alors entre deux bennes à ordures à l’abri du vent, j’enfile mes habits de rechange. Que du bonheur, c’est très agréable, tout comme la descente, sauf une partie dans un long tunnel où les voitures sont nombreuses et où le dépassement est juste. Il y a même un poids lourd en panne dans l’autre sens. 
Ça finit en bouchon un peu plus loin du tunnel et c’est pas grave pour moi car je dois tourner pour m’engager dans le chemin sauvé, pas envie de frôler des centaines de voitures. 
J’arrive dans la vallée et trouve une boulangerie qui tombe à point car la dernière grosse ascension approche. J'y croise un participant de la 300 km et il vient de chuter, me dit-il, mais rien grave, apparemment il va avoir un beau bleu sur la hanche. 
Allez, c’est la grosse ascension finale, 15 km pour 1500 D+ et y’en a pour 3 h. Je le rafraîchis aux multiples cascades et fontaines tout au long de l’ascension, je vois des montagnes enneigées devant moi et en me retournant une partie du Mont-Blanc, la vue est si belle en Suisse, c’est dingue. 
J’arrive à un joli chalet avec un crâne de mouflon et autre de serre accroché à son pignon. L'habitation est belle et petite, c’est charmant. 
Je me rafraîchis le visage dans une rivière et, en repartant, une personne en VTT me demande : « You drink this water? Because I need »
Je lui dis « No !!! Because lot of cow on the mountain and the cows put shit in the grass and the shit go in the water and if you drink the water you go to be sik!!! »
Il repart en me disant « Thank you ».
J’ai été plutôt direct avec mon sale anglais, mais l’info est importante. 
Le dernier km, je le fais en poussant mon vélo, la pente est raide et caillouteuse, et là à ma droite un petit enclos à cochons, ils sont 4/5 là à 2500 m d’altitude, tout seuls, très bizarre comme endroit pour élever des cochons. 
Je mange un sandwich assis en haut au-dessus d’un petit cours d’eau en posant mon pied dans l’eau avec une compote à refroidir dessous. Je repars sur un sentier interdit aux vélos, mais l’itinéraire me dit d’y aller, alors j’y vais. Je dois passer à plusieurs reprises sous des fils électriques de clôture à vacances, c’est assez chiant, j’avoue, et il faut éviter les bouses toutes fraîches. C’est impressionnant de passer entre les vaches, elles sont gentilles mais énormes, alors on a toujours un peu peur, c’est pour cela que je passe toujours à pied dans ces cas-là. 
Une longue partie plate m’emmène jusqu’à la station de ski de Verbier, ça y est, la descente est là, elle fait bien 20 km et est en dur, c’est que du bonheur, j’y attends presque les 80 km/h par endroits. 
Le parcours passe dans un endroit très mignon où des minuscules chalets de bois forment un mini-village, on aurait dit un hameau de cabanes. 
Arrivé Sion, je trouve un supermarché et me gave de nourriture en discutant avec un couple de cyclistes qui commence son périple. 
Il fait super chaud et je continue le parcours en pensant que la fin est très proche. Pas tant car une montée dans les vignes est très dure, on est en plein soleil tout le temps et ça chauffe bien. 
Un dernier village avant la dernière petite montée avant Crans-Montana, je mange mon dernier bout de sandwich qui me reste et fonce, mais celui-ci a tourné dans ma poche arrière et la digestion est difficile, je rote souvent et l’envie de vomir me titille. Cela finit par plus ou moins passer et puis de toute façon je suis arrivé, alors au diable l’indigestion. 
C’est l’arrivée, les amis m’attendent, c’est le final de Graalps en 107 H, 815 km et 19 500 D+. 
Tee-shirt médaille photos, c’est l’heure des cadeaux.